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Qui n'a été, au moins une fois dans sa vie, bouleversé
par la beauté d'un paysage, d'un chant d'oiseau, d'une uvre d'art,
ou même d'un geste ou d'un regard ? Souvenons-nous d'un tel moment.
Expérience fugitive d'une légèreté inaccoutumée,
temps suspendu, plénitude intérieure où l'espace d'un instant
les soucis, les peurs, les pesanteurs s'évanouissent, ne nous sommes-nous
pas alors sentis reliés tant à nous-mêmes qu'au monde ?
Ces instants de beauté, leur avons-nous seulement accordé l'attention
qu'ils méritent ? Les avons-nous laissés résonner en
nous-mêmes, ou les avons-nous considérés seulement comme
une parenthèse accidentelle dans notre vie chaotique ?
Nous avons pourtant fait là une expérience d'Être.
fenêtre ouverte sur l'infini ou sur l'intériorité, deux
expressions d'une même réalité.
Toute notre vie, nous sommes en quête d'unité intérieure,
et cherchons à exprimer ce que nous sommes au plus profond de nous-même.
C'est probablement pour cela que chacun d'entre nous porte en lui une soif de
beauté. Cette aspiration est un appel existentiel, un cri de l'âme.
Etre, c'est le grand chantier de l'incarnation, le véritable but
du travail humain, un chantier auquel chacun est appelé à
participer de manière particulière et unique. La beauté,
ouvrant un chemin qui relie le fond et la forme, l'intérieur et
l'extérieur, constitue un moteur puissant et une perspective à
qui souhaite un sens à sa vie. Sa recherche constitue un chemin exigeant,
qui requiert disponibilité, ouverture du cur et dépossession
de soi, des attitudes auxquelles nous ne sommes plus habitués. Celui
qui entre dans cette conscience devient créateur et acteur de l'histoire.
Nous avons, chacun d'entre nous, sans exception, la co-responsabilité de
la forme humaine de la société au sein de laquelle nous vivons. La
quête de beauté que nous portons est une quête d'harmonie qui
participe du grand mouvement d'unification, d'amorisation, vers lequel concourent
l'univers et l'humanité.
Les artistes ouvrent la voie. Ils nous montrent ce que nous ne savons pas voir
ordinairement. Ils poétisent la vie et nous apprennent que dans
l'uvre vraie, rien n'est infime ni superflu. Ils symbolisent la vie,
ils nous aident à tout accueillir du réel et de l'humain, et
à tout traverser, pour que la vie soit transfigurée.
Au-delà de l'uvre d'art, tous les domaines de la vie culturelle,
sociale, économique, politique, méritent d'être
envisagés comme des champs où faire uvre de beauté.
La beauté est une culture du sens ; elle offre à la
société contemporaine une source de transcendance et
d'espérance qui libère. Engager, quels que soient nos
métiers, les actes qui créeront de nouveaux espaces
d'humanité, replacer l'homme au centre de toute la vie sociale,
réinventer les formes de l'école, de l'entreprise, de
la communication, de la science, de l'économie, de la coopération
interculturelle..., voilà des chantiers pour aujourd'hui. Il n'est
pas question ici d'inventer une nouvelle idéologie ni de faire la
révolution. Il s'agit plutôt de poser les actes ajustés
que notre conscience nous inspire, à notre échelle,
de travailler à unifier nos aspirations et notre agir, d'exercer
notre liberté créatrice là où nous sommes, en
nous affranchissant progressivement des conditionnements dans lesquels
nous sommes souvent enfermés.
La prophétie de Dostoïevski « La beauté sauvera le
monde » prend tout son sens aujourd'hui. A l'heure où le
matérialisme, l'absence de sens, la négation de l'être,
montrent leurs effets dévastateurs à l'échelle de la
planète, la petite voie de la beauté fait sourire. Et si ce
sourire était justement la réponse ?
Des hommes et des femmes de différentes cultures, métiers ou
religions l'ont prise au sérieux, et s'engagent aujourd'hui sur cette voie.
Là où ils sont, ils ont choisi de placer la beauté au
cur de leur vie, de leurs engagements familiaux, sociaux et professionnels,
avançant les mains nues dans un environnement souvent hostile.
Certains se sont rencontrés, reconnus. Ils ont eu le désir de
partager leurs expériences, leurs avancées et leurs
difficultés. Ainsi est né en 1993 le congrès « Et
si la beauté pouvait sauver le monde ? », lieu de rencontre,
de recherche, de partage d'expérience, de fête.
Le congrès est artistique parce que l'art et la beauté
révèlent la dimension sacrée de l'humanité, de la
nature, du cosmos et rappellent à l'homme sa transcendance.
Des artistes de différentes disciplines se côtoient dans une
grande diversité d'expression.
Il est interdisciplinaire parce que l'homme est un mystère qui
ne peut être entrevu que dans sa globalité. Le décloisonnement
des domaines de connaissance et d'expérience est nécessaire pour
percevoir le réel dans sa profondeur et pour susciter de nouvelles
façons de voir le monde et d'agir. Des professionnels dans
différents domaines de travail tels que l'éducation, la santé,
la communication, l'urbanisme, le monde rural, le développement local..,
sont interpellés par cette vision globale.
Enfin, il est interculturel parce que l'homme est un être de re1ation
qui ne peut être lui-même que dans l'expérience de
l'échange et du don. Accueillir les différences culturelles
au sens le plus large, c'est aussi laisser se côtoyer en nous le
pauvre et le riche, le malade et le bien- portant, le manuel et l'intellectuel,
le croyant et l'incroyant...
Le congrès n'est ni un mouvement, ni une association. C'est un courant,
un souffle, une interpellation, qui oriente progressivement les chemins
de ceux qui en sont partie prenante. Chacun des participants y est à
la fois source et réceptacle. Il concerne quelques centaines de
personnes sur plusieurs continents.
Claire Fabre
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